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Clément Masdongar : «On a plus besoin d’eau que de pétrole»
©laleonline.com,
01/06/2006
C’est
dans son appartement de Montreuil, une banlieue parisienne, que
l’artiste musicien, peintre, danseur, comédien et écrivain tchadien,
Clément Masdongar N’Gar Ygam, s’est prêté aux questions de Tchad et
Culture.
Le public attend un nouvel album de Masdongar, mais…
Je dois repartir à zéro puisqu’une société de droits d’auteurs
ivoirienne (EMI) avec laquelle j’étais sous contrat, a déposé le
bilan et disparu juste après avoir vendu mes produits, sans rien me
verser. Je ne peux donc pas sortir un autre album tant que je n’ai
pas d’autres moyens financiers.
On dit de Masdongar qu’il est polyvalent, est-ce vrai ?
C’est un peu cela. Je suis peintre, danseur, acteur de théâtre,
écrivain et musicien. J’ai joué dans sept films dont Mahabarata, le
film du Russe Peter Brook. Peter est l’un des metteurs en scène le
plus connu au monde. Je m’apprête actuellement à faire éditer
certains de mes manuscrits. Par exemple « la conscience de Nao »,
une pièce de théâtre que je viens d’achever. Il y a également « La
princesse Sara », une adaptation du «Vieux nègre et la médaille» du
Camerounais Ferdinand Oyono.
Est-ce facile de vivre de son art ?
On survit pour le moment.
Comment Masdongar voit-il le Tchad depuis Montreuil, en France ?
La situation n’est pas seulement propre au Tchad. Dans le monde
entier, c’est le chaos, c’est le bouleversement avec la
mondialisation.
Toutefois, ce que je déplore au Tchad c’est le clanisme. Pour moi,
la récurrence de l’insécurité à N’Djaména et ailleurs est liée à
cela. Je regrette aussi ces nouvelles tensions liées au clivage
nord/sud. Je ne connaissais pas ces vocables quand j’étais jeune. Je
suis né à Mardjan-Dafack, un quartier où nordistes et sudistes
cohabitaient sans gêne. Sur mon passeport, il n’est nullement écrit
Tchadien du nord ou du sud. C’est une division qui affaiblit le
Tchad.
Je suis aussi choqué par le fait que l’eau potable soit devenue une
denrée recherchée à N’Djaména et dans les provinces. Pourtant, avoir
de l’eau potable me semble vital. On a plus besoin d’eau que
d’uranium ou de pétrole. L’alimentation des populations en eau
potable devrait constituer l’une des priorités de l’État tchadien.
Dans la tradition africaine, lorsqu’on accueille un étranger chez
soi, on lui présente d’abord de l’eau à boire. Aujourd’hui, il n’y
en a pas assez pour l’offrir à ses hôtes.
Sur le plan politique, je crois qu’il faut asseoir la démocratie.
Autrement dit, le Tchad sera toujours à la traîne des autres nations
et ne se développera jamais.
Le piratage des œuvres artistiques est un fléau. Que faites-vous
pour combattre ce phénomène ?
La lutte contre le piratage relève beaucoup plus de la
responsabilité de chaque Etat puisque l’art est l’un des secteurs
qui alimentent l’économie nationale. Il génère des recettes qui
entrent dans le budget de l’État. Si le phénomène de piratage
persiste et n’est pas combattu, les artistes de manière générale et
les Tchadiens en particulier ne pourront pas vivre de leurs
créations. Pirater, c’est voler.
Propos recueillis par Laoro Gondjé
T&C n°233 janvier 2005
source:
http://www.cefod.org/Tchad%20et%20Culture/Tc233/masdongar.htm
©laleonline.com,
01/06/2006
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