|
PARIS (AFP) - 22/12/2006 10h23 -
Mahamat-Saleh Haroun, qui signe le magnifique
film "Daratt", sur les écrans mercredi, est fier
d'avoir fait flotter le drapeau du Tchad dans
les festivals de cinéma internationaux.
A 45 ans, il a réalisé trois
longs-métrages, "Bye bye Africa", qui a gagné le
prix du premier film au festival de Venise 1999,
"Abouna" en 2002, et "Daratt", prix du jury à
Venise début septembre et "Tanit d'argent" au
festival de Carthage en novembre .
"Nous, les cinéastes des pays
pauvres, faisons face à un cinéma dominant dont
les auteurs disent faire des films pour
s'amuser, sans message, mais nous avons une
autre vision du cinéma, nous avons des choses à
dire, sans quoi on pourrait aussi bien faire...
du pain", dit avec douceur Mahamat-Saleh Haroun.
"Quand j'ai vu le drapeau du
Tchad flotter à l'entrée de la Mostra en 1999,
ça m'a fait quelque chose", se souvient-il.
Posé et souriant, Mahamat-Saleh
Haroun penche la tête en parlant, et son regard
s'illumine dès qu'il dit le mot :"cinéma".
Il a "sept, huit ans" lorsqu'il
entre dans l'unique cinéma d'Abéché avec son
oncle, qui l'emmène voir un film de Bollywood
pour fêter la fin du Ramadan.
"J'ai été marqué par un gros plan
d'une belle Indienne qui regardait la caméra et
qui souriait", se souvient-il. "J'ai cru,
l'espace de quelques secondes, que ce sourire-là
m'était adressé".
|

|

|

|
|

|
 |

|
|

|
Mahamat-Saleh
Haroun avec son prix spécial du
jury à la Mostra de venise le 9
septembre 2006 |

|
|

|
|

|
Voir des films devient une
obsession pour le petit garçon, qui campe chaque
jour devant l'entrée du cinéma, quêtant auprès
des adultes de sa connaissance les quelques
pièces nécessaires à l'achat d'un ticket.
Lorsqu'il a 12 ans, la famille
s'installe dans la capitale N'Djamena, où le
père, administrateur de lycée, a été nommé, et
Mahamat-Saleh Haroun découvre les plaisirs des
séances à ciel ouvert en soirée... en se cachant
car "sortir seul le soir était mal vu".
A 15 ans on l'autorise enfin à
fréquenter les cinémas à sa guise, ce qu'il fait
"tous les soirs, quel que soit le film".
Mais alors qu'il est encore
lycéen, la guerre civile éclate entre partisans
et opposants du Premier ministre Hissène Habré
et "tout s'arrête, le 12 février 1979 à six
heures du matin".
Envoyé en France, Mahamat-Saleh
obtient son bac à Bordeaux puis le diplôme d'une
école de cinéma à Paris, et enchaîne avec... des
études de journalisme, car il doute de pouvoir
gagner sa vie grâce au cinéma.
Reporter pour "La Charente
libre", "Sud-Ouest" et "La Nouvelle République
du Centre-Ouest", il écrit aussi des scénarios
et réalise des courts-métrages, avant de
tourner, avec 50.000 euros d'aides, "Bye bye
Africa".
Et dans "Abouna", deux enfants se
lancent à la recherche de leur père, disparu
sans un mot d'explication: ils l'ont aperçu sur
l'écran.
Aujourd'hui, Mahamat-Saleh
Haroun, qui tournera un téléfilm pour Arte en
janvier "Sexe, gombos et atiéké", s'apprête à
racheter un terrain vague à N'Djamena pour y
construire... une salle de cinéma. |