|

Chikungunya : péril sur
l’économie réunionnaise
Le virus transmis
par les moustiques menace le tourisme de l’île
(c) laleonline.com | afrik.com, vendredi 10 février 2006, par
Ann Douala
Annulations massives de réservations et lourdes pertes,
chômage technique avant licenciement, psychose nourrie par
une communication défaillante... à la Réunion, le
chikungunya ébranle l’économie locale. Le secteur
touristique, moteur de l’île, n’est pas le seul concerné.
|
Paradis en
détresse. Depuis le 23 janvier dernier, les hôteliers estiment avoir
perdu près de 500 000 euros et prévoient une baisse d’activité de 70
% pour le premier trimestre 2006 à cause de l’épidémie de
chikungunya. « Jusqu’ici, il y avait eu peu d’annulations sur
les départs prévus, mais nous observons maintenant une chute de
l’ordre de 30 à 40 % des réservations », s’inquiète René-Marc Chikli,
président de l’association des tour-opérateurs Ceto. « Il y a eu au
début quelques rares annulations et quelques reports, mais le
préjudice va surtout porter sur les ventes à venir, et cela peut
durer quelques mois », poursuit-il.
Le gage de
« sécurité » mis à mal
Au désespoir
des professionnels, la durée de l’épidémie demeure une grande
inconnue. « Pour l’instant, ça va. Mais avec l’augmentation des cas
et leur durée, la situation pourrait devenir critique », explique
M. Botzon, de l’hôtel Les Créoles, situé à l’ouest de l’île. Selon
Philippe Fabing, ancien directeur général de l’institut de sondage
et de statistiques Ipsos, si l’épidémie devait s’installer plus
durablement et sur un nombre de cas significatif, elle nuirait à un
des atouts majeurs de la Réunion en termes d’attractivité
touristique et économique : la sécurité. Des études menées ont
permis d’évaluer en quoi ce caractère de sécurité est essentiel pour
un nombre important de touristes ou d’investisseurs métropolitains.
« Si la maladie devait durer, les stratégies de développement
économique de la Réunion et les objectifs de communication
dépendraient de sa virulence : on ne gérera pas de la même façon
500, 5 000 ou 50 000 cas annuels », a-t-il déclaré à Clicanoo,
un quotidien local.
Le BTP aussi...
A l’instar du
secteur hôtelier, de nombreuses Petites et Moyennes Entreprises
(PME) réunionnaises souffrent de l’épidémie de chikungunya, les
salariés en arrêts maladie et l’absentéisme ralentissant leurs
activités. Par exemple, dans le secteur du bâtiment, Jean-Marie Le
Bourvellec, président de la FRBTP (Fédération réunionnaise du
bâtiment et des travaux publics), affirme que 60 % des entreprises
de son secteur ont subi de 8 à 69 jours d’arrêts de travail. Pour
l’heure, 850 salariés sur 19 000 (7% de l’effectif) sont absents. Le
président estime les pertes quotidiennes dans le BTP à 200 000 euros
par jour, soit 50 millions d’euros sur l’année, si l’épidémie ne
persiste pas. Pour le secrétaire général des affaires régionales,
Jean Ballandras, la catastrophe est à venir, les annulations en
cascades auxquels sont confrontés les différents secteurs
d’activités pouvant déboucher sur des licenciements.
Communication
chaotique
« La
médiatisation du phénomène chikungunya risque de décourager les
intentions de voyage », juge Gérard Ethève, président de la
compagnie aérienne Air Austral, interrogé par Clicanoo. Les
communications contradictoires qui ont court dans l’hexagone font
douter les touristes potentiels et nourrissent la psychose dans
l’île. Laissant peu de place à une explication claire et officielle,
le bilan de la maladie fait les gros titres de la presse et le jeu
de la surenchère des journaux télévisés. Les chiffres sont en
constante augmentation. Jour après jour, depuis mars 2005, date de
l’apparition du chikungunya sur l’île de la Réunion, 70 000
personnes ont été touchées - dont 20 000 dans la première semaine de
février.
Le Chikungunya,
virus transmis par l’aedes albopictus, moustique à pattes
tigrées, entraîne des fièvres et des paralysies articulaires chez la
majorité des malades ; vingt-cinq décès sont imputables de manière
indirecte au virus, dont un nourrisson de quatre semaines.
Habituellement présent en Afrique de l’Est, il connaît une forte
croissance à la Réunion depuis décembre et le début de l’été
austral.
©source: cefod.org
|