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Grave crise dans le secteur du coton
©laleonline.com,
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afriquecentrale,
10/02/05
Principal produit
d'exportation d'un pays qui entre à peine dans l'ère du pétrole,
le secteur du coton traverse une grave crise au Tchad, victime à
la fois de la chute des cours mondiaux et, à en croire un récent
rapport parlementaire, d'une gestion plutôt hasardeuse.
Introduit en 1926
comme une simple culture de rente, le coton est devenu un des
piliers de l'économie tchadienne. Il occupe quelque 300.000
planteurs, fait vivre à lui seul 2,5 des plus de 8 millions
d'habitants du pays et fournit jusqu'à 40% de ses recettes
d'exportation.
C'est dire si la
chute des cours mondiaux depuis la fin des années 1990, conjuguée
aux subventions accordées par les Etats-Unis à leurs producteurs,
a durement touché le pays. La baisse des prix d'achat a suscité un
tel désintérêt que la production annuelle a chuté de 260.000
tonnes lors de la campagne 1997-98 à seulement 120.000 tonnes en
2002-03. Une véritable catastrophe pour les producteurs tchadiens.
"Ils sont les premiers à payer le prix de cette baisse des cours
sur le marché mondial", estime un responsable du ministère du
Commerce. "A cause d'un marché mondial injuste et inéquitable, le
coton devient le coefficient d'aggravation de la pauvreté de la
communauté rurale".
Navire amiral de la filière, la société d'économie mixte
Cotontchad, qui détient le monopole de la commercialisation des
balles de coton, est l'une des principales victimes de la crise. A
ce jour, ses dettes culminent à 19 milliards de francs CFA (29
millions d'euros).
"La situation est
difficile", confirme son directeur général Brahim Malloum. "A
cause des retards de paiement des années précédentes, le secteur
connaît une véritable désaffection. La baisse du prix d'achat n'a
fait que l'aggraver", regrette M. Malloum.
Et pour couronner
le tout, la privatisation en 2002 de l'huilerie qu'elle possédait
a privé la Cotontchad d'une manne annuelle de l'ordre de 8
milliards de F CFA (12 millions d'euros).
Mais le marché
n'est pas seul sur le banc des accusés des déboires de la société.
Une enquête parlementaire ouverte sur plainte de "cotonculteurs" a
ainsi révélé l'an dernier que, pendant la campagne 2002-03, une
somme de 8 milliards FCFA avait été utilisée "à des fins
inavouées".
Même si le
ministre du Commerce et de l'Industrie Routouang Yoma Golom a
répondu que cette somme avait servi "au paiement des arriérés de
la campagne 2002-2003", ce rapport a suscité les critiques acerbes
des députés, à l'heure où l'Etat a engagé un vaste plan de remise
à flot du secteur cotonnier.
Après une campagne 2003-04 à 150.000 tonnes, les autorités sont
bien décidées à atteindre 250.000 tonnes pour celle de 2004-05.
Pour restaurer la confiance des producteurs, elles ont relevé le
prix d'achat de coton de 150 à 190 FCFA la livre. Enfin, l'Etat a
promis d'injecter 5 milliards FCFA dans la Cotontchad et envisage
sérieusement sa privatisation.
"Nous sommes en
discussion avec le gouvernement sur les mesures de redressement",
explique sobrement Brahim Malloum. "Il nous faut maintenant
examiner l'opportunité d'une privatisation", tempère-t-il, "car
personne ne souhaite revivre la situation du Bénin, où la
privatisation de la société cotonnière a été un échec total".
Signe de la gravité de la situation, la Banque mondiale, gardienne
du pactole pétrolier du pays, a donné son feu vert à son
utilisation pour combler le déficit de la Cotontchad.
"Nous allons
engager des discussions avec le gouvernement pour arrêter la
feuille de route qui prévoit l'échéance de la privatisation et les
mesures d'accompagnement pour réformer la filière coton", indique
un de ses responsables. "Car si on ne fait rien, nous allons tout
droit vers une grave crise politique, économique et sociale dans
la zone cotonnière".
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