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Pétrole et corruption
Trois pays africains sont épinglés
par
Naygotimti Bambé
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Dans un rapport rendu public le 24 mars dernier
et intitulé Time for transparency (l’heure est à la
transparence), l’Ong britannique Global Witness s’est intéressée
aux pratiques de corruption dans l’exploitation de l’or noir par
cinq États dont l’Angola, le Congo Brazzaville, et la Guinée
équatoriale. Elle appelle à plus de transparence dans les
transactions financières entre les compagnies pétrolières et les
gouvernements de ces États.
Extraits.
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Au Congo, les recettes pétrolières représentent
environ 70 % des revenus. Aujourd’hui, son niveau d’endettement par
habitant est le plus important du monde. Il traîne 6,4 milliards de
dollars (environ 3 670 milliards de Fcfa) de dette extérieure, soit
deux fois plus le produit intérieur brut du pays (selon le Fonds
monétaire international). Le montant total de la dette interne et
externe du gouvernement est de 11,5 millions de dollars (un peu plus
de 6,5 milliards de Fcfa).
Le cas congolais, une catastrophe
Le procès de 37 anciens cadres supérieurs de la
compagnie Elf (devenue TotalElfFina puis Total) pour « abus de biens
sociaux » de l’ordre de centaines de millions de dollars a permis la
mise à nu des pratiques de corruption dont sont coupables cette
compagnie et les autorités congolaises. L’on note, entre autres, les
versements de bonus à la classe politique congolaise parmi lesquels
l’actuel président, les abonnements et les prêts gagés sur le
pétrole à produire. En ce qui concerne les abonnements, le brut
congolais est sous-facturé et revendu avec une marge bénéficiaire de
0,20 $ le baril; sur chaque baril est prélevé 0,40 $ placé dans des
comptes au Liechtenstein au nom d’Elf puis ensuite viré sur des
comptes off-shore des politiques congolais. Aujourd’hui, un tiers
des revenus du pays sert au paiement des prêts consentis par des
sources privées et gagées sur la production pétrolière future du
pays.
Conséquence, le pétrole congolais n’a pas profité au
peuple. Ce que « le peuple congolais sait de ce que reçoit (le) pays
de l’or noir, c’est le prix du pétrole mesuré, non pas en barils ou
en dollars, mais en souffrance, en misère, en guerres successives,
en sang, en déplacements de populations, en exil, en chômage, en
retard des salaires, en non-paiement des pensions », ont relevé les
chefs des églises congolaises dans la lettre ouverte adressée au
Président Sassou en 2002, appelant à plus de transparence.
Aujourd’hui, le Congo qui était l’un des pays les plus riches
d’Afrique cherche à bénéficier de l’initiative en faveur des pays
pauvres très endettés (PPTE).
Les révélations du procès Elf n’ont pas empêché que
le même mode de gestion continue d’être pratiqué par le pouvoir
congolais. « Malgré l’état actuel des dettes énormes et un supposé
programme de coopération avec la communauté internationale pour
restructurer les finances du Congo, le gouvernement a passé des
contrats encore plus obscurs et tortueux afin d’éviter le regard
financier de la communauté internationale et de ses propres
citoyens. En effet, la compagnie pétrolière nationale, la Société
Nationale des Pétroles du Congo dégage plusieurs millions de dollars
de bénéfices, mais selon le FMI, pas un seul centime de ces
bénéfices ne va dans les caisses du gouvernement », souligne le
rapport.
L’Angola, un drame humanitaire
En Angola, plus de 1 milliard de dollars par an des
revenus pétroliers du pays – soit environ un quart du produit annuel
de l’état – ont disparu sans justification depuis 1996. Pendant ce temps, un enfant angolais sur quatre meurt avant
l’âge de cinq ans et un million de populations déplacées à
l’intérieur du pays restent dépendantes de l’aide alimentaire
internationale. Ce rapport attire l’attention sur les dernières
révélations du scandale de l’« Angolagate » dans lequel des élites
des milieux politiques et d’affaires en France, en Angola et
ailleurs ont exploité la guerre civile du pays pour siphonner des
revenus du pétrole. Tout récemment, il a été découvert, lors d’une
enquête des autorités suisses, que des millions de dollars ont été
payés au président Dos Santos lui-même. Le gouvernement continue de
rechercher des prêts gagés sur le pétrole à taux d’intérêt élevés
financés par l’intermédiaire de structures offshore opaques et ne
pouvant être justifiées. On pressent maintenant, avec grande
inquiétude, que l’élite angolaise passera tout simplement d’un
pillage des biens publics en temps de guerre à un enrichissement en
tirant profit de sa reconstruction.
La Guinée équatoriale, une confusion
En Guinée équatoriale, les compagnies pétrolières
paraissent avides de faire des affaires avec le régime brutal du
président Obiang Nguema. La réputation du gouvernement du pays a été
ternie par des allégations de corruption, de violence politique,
d’atteintes aux droits de l’homme, et de trafic de stupéfiants. Bien
que l’essor de la production pétrolière ait entraîné une
augmentation considérable du PIB, le niveau de vie de sa population
reste parmi les plus bas d’Afrique. La raison peut en être que la
plupart de l’argent du pétrole du pays reste à l’étranger : les
journalistes ont récemment découvert des preuves que de grandes
compagnies pétrolières américaines paient des revenus directement
sur un compte détenu, sous le contrôle du Président, à la Riggs
Bank, basée au centre ville de Washington DC.
La Riggs Bank a également géré l’achat de résidences
évaluées à plusieurs millions de dollars pour M. Obiang et sa
famille. La frontière entre les revenus de l’État et les finances
personnelles du président semble incertaine, note le rapport.
Pour Global Witness, ces détournements de revenus
pétroliers auraient pu être empêchés s’il y avait plus de
transparence dans les transactions financières entre les
multinationales et ces Etats. Le rapport souligne la nécessité de
voir tous les pays en développement adhérer à l’initiative du
gouvernement britannique pour la transparence des industries
extractives (Extractive Industries Transparency Initiative), et
chercher à publier, sur une base volontaire, leurs chiffres
d’affaires provenant de l’extraction de ces ressources. Cependant,
ajoute-t-il, la publication volontaire ne marchera pas dans la
majorité des pays où on y en a le plus besoin.
Car les élites des milieux politiques et d’affaires
ont intérêt à éviter cette transparence afin de préserver leurs
bénéfices illicites. D’où la nécessité de politiques communes pour
que les sociétés d’extraction de ressources publient ce qu’elles
paient aux gouvernements pays par pays, et que les gouvernements qui
les accueillent publient ce qu’ils gagnent.
Pour une mobilisation générale
De simples rectifications des politiques existantes
de publication des informations par les entreprises, des
dispositions « comptes et archives comptables » de la législation
anti-corruption, et des normes comptables internationales, peuvent
être faites pour demander aux sociétés multinationales de « publier
ce qu’elles paient ».
Appel est aussi lancé en direction des agences de
crédit à l’exportation, des organismes bilatéraux et multilatéraux,
des banques et des institutions financières internationales comme la
Banque mondiale qui devraient imposer la transparence comme
conditionnalité de leur appui et l’inclure dans leurs consultations
de stratégie pour la réduction de la pauvreté.
Mais, pour pousser à un tel changement, il faut une
mobilisation plus grande au niveau international et également dans
les pays producteurs du Sud.
Naygotimti Bambé
©source: cefod.org
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