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Le Sénégal adopte une loi permettant de juger Hissène Habré
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, 2 fevrier 2007
(Bruxelles – 2 février 2007) – Au Sénégal, l’adoption mercredi par
l’Assemblée nationale d’une loi permettant aux juridictions
sénégalaises de juger l’ancien dictateur tchadien, Hissène Habré,
représente une étape importante pour la justice, a déclaré
aujourd’hui Human Rights Watch.
Hissène Habré a été pour la première fois inculpé au Sénégal, en
février 2000, pour crimes contre l’humanité et actes de tortures
perpétrés sous sa présidence de 1982 à 1990. Après avoir refusé de
le poursuivre en 2001 ou de l’extrader vers la Belgique en 2005, le
Sénégal a accepté, le 2 juillet 2006, la décision de l’Union
africaine de juger Habré au Sénégal. La loi adoptée aujourd’hui
permet au Sénégal d’instruire des cas de génocide, des crimes contre
l’humanité, des crimes de guerre et des actes de torture, même s’ils
ont été commis hors du territoire sénégalais.
Parallèlement, Human Rights Watch s’interroge sur l’estimation
reprise par le Ministre sénégalais des Affaires Etrangères, Cheikh
Tidiane Gadio, selon laquelle Hissène Habré pourrait ne pas être
jugé « avant trois ans ».
« Le Sénégal a fait un pas significatif dans la bonne direction en
adoptant la loi permettant de juger Habré », a déclaré Reed Brody de
Human Rights Watch, qui travaille avec les victimes du régime Habré.
« Si le Sénégal projette d’ouvrir rapidement l’instruction et de
reprendre le travail mené par la Belgique des années durant, le
jugement pourrait avoir lieu assez rapidement. »
Human Rights Watch recommande particulièrement au Sénégal de :
• Maintenir les mesures légales appropriées pour s’assurer que
Hissène Habré ne quitte pas le pays.
• Présenter aux donateurs internationaux un projet et un budget
raisonnable de l’instruction et du jugement
• Créer et former une unité spéciale chargée d’enquêter sur les
crimes internationaux
• Solliciter l’assistance de la Belgique qui a offert de partager
les résultats de ses quatre années d’instruction dans l’affaire
Habré
Human Rights Watch a déclaré que les autorités belges – le juge
d’instruction et une équipe policière judiciaire spécialisée dans
les crimes internationaux – ont passé quatre ans à rassembler des
preuves dans cette affaire avant d’émettre l’acte d’accusation. Le
groupe a déclaré que si les résultats de l’enquête – rapports de
police, interviews des témoins, et en particulier, l’analyse des
milliers de documents de la police politique de Habré – pouvaient
être utilisés par les juridictions sénégalaises, cela permettrait
non seulement de réduire les coûts engendrés, mais aussi d’éliminer
le long délai qu’impliquerait une reprise de l’enquête à zéro, et
permettrait aux enquêteurs sénégalais de se concentrer sur d’autres
aspects de l’instruction.
Le 10 janvier, le Président sénégalais Abdoulaye Wade a appelé les
juridictions de son pays à « relever l’immense défi » de
l’instruction et du jugement de Hissène Habré et ce afin d’exposer «
à la face du monde la force éclatante de la justice sénégalaise ».
La Commission créée par le gouvernement sénégalais pour examiner les
questions juridiques et financières qu’implique le procès et dirigée
par Malick Sow, coordinateur du Comité sénégalais des droits de
l’Homme, doit remettre prochainement son rapport.
Human Rights Watch a appelé la Communauté internationale à fournir
des fonds et des formations pour assister le Sénégal dans
l’organisation du procès Habré. Il a également souligné que le
Sénégal pourrait être le premier pays en voie de développement à
poursuivre un étranger pour des crimes internationaux graves commis
en dehors de ses frontières.
« Les défis qui se présentent au Sénégal sont considérables,
notamment en ce qui concerne la charge financière du procès. Il
s’agit d’instruire une enquête qui porte sur des crimes commis à
grande échelle il y a plus de quinze ans », a déclaré Reed Brody. «
Si le Sénégal fait un geste qui atteste de sa volonté à ce que
justice soit rendue, la communauté internationale ne peut pas rester
silencieuse et doit se manifester pour proposer son aide. »
Historique
Hissène Habré a dirigé l’ancienne colonie française du Tchad de 1982
à 1990 jusqu’à son renversement en 1990 par l’actuel Président
Idriss Déby Itno et sa fuite vers le Sénégal. Son régime de parti
unique fut marqué par des atrocités constantes. En 1992, une
Commission d’Enquête du Ministère Tchadien de la Justice a accusé le
gouvernement Habré de 40 000 assassinats politiques et de torture
systématique.
Hissène Habré a d’abord été inculpé au Sénégal, en 2000, avant que
la justice sénégalaise ne se déclare incompétente pour le juger. Ses
victimes se sont alors tournées vers la Belgique et, après quatre
années d’enquête, un juge belge a délivré un mandat d’arrêt
international accusant Hissène Habré de crimes contre l’humanité,
crimes de guerre et d’actes de torture perpétrés durant son mandat
présidentiel de 1982 à 1990. Conformément à la demande d’extradition
formulée par la Belgique, les autorités sénégalaises ont arrêté
Hissène Habré en novembre 2005.
Lorsque la Cour sénégalaise a refusé de statuer sur la requête
d’extradition, le gouvernement sénégalais a annoncé qu’il
demanderait à l’Union africaine de se prononcer sur « la juridiction
compétente » pour juger Hissène Habré. Le 2 juillet 2006, l’Union
africaine, s’appuyant sur les recommandations du Comité des Éminents
Juristes Africains, a demandé au Sénégal de juger Hissène Habré « au
nom de l’Afrique », ce que le Président du Sénégal, Abdoulaye Wade,
a accepté.
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