
Corruption et dictature : une double image peu
flatteuse...
©Lalé
| laleonline.com,
par Djimé Adoum,
sahelien@hotmail.com,
tchadnews.info
Pas
un seul jour ne passe sans que les effets de la corruption et/ou de
la dictature ne soient mis en évidence. Du moins c’est ce qui se
constate dans les pays où les institutions étatiques sont solides et
jouent pleinement leur rôle régulateur. En exemple nous pouvons
citer le cas de l’Affaire Clearstream qui crée un véritable
cauchemar pour le Premier ministre français Dominique de Villepin.
Dans la même veine, nous signalons que le premier ministre
britannique Tony Blair a été entendu à deux reprises. Nous
soulignons aussi le calvaire du Parti républicain aux USA. A cause
du bourbier de Jack Abramoff, les Républicains (Dépués et Sénateurs)
ont subi l’ire de l’électorat et ont perdu les deux chambres au
profit des Démocrates.
La situation est diamétralement opposée dans les pays moins lotis en
institutions de contrôle. A cet effet, David Wallechinsky (le
Washington Post du 11 février, 2007) a publié une liste de vingt des
plus mauvais dictateurs au monde. M. Wallechinsky rapporte que plus
de 70 pays sont gouvernés par des dictateurs. Il considère ces
leaders comme « les dictateurs les plus implacables au monde. »
Vingt d’entre eux sont cités dans le tableau ci-dessous par ordre de
sévérité. Afin de pouvoir établir si oui ou non il y a corrélation
entre la dictature et la corruption, nous avons inclus les
statistiques de l’indice de perception de la corruption (CPI) de
Transparency International. Ces indices montrent le niveau de
perception de la corruption dans tous les pays du monde. A titre de
rappel, le CPI varie de zéro à dix, dix indiquant le moins corrompu
et zéro le plus corrompu.
Tableau récapitulatif: dictature et indice de perception de
corruption:
|
Nom |
Age (ans) |
Pays |
En Poste depuis |
Durée au pouvoir (ans) |
Indice de Corruption* |
|
Oumar Hassan Al-Bachir |
63 |
Soudan |
1989 |
21 |
2.0 |
|
Kim Jong-Ill |
64 |
Koree du Nord |
1994 |
13 |
- |
|
Sayyid Ali Khameni |
67 |
Iran |
1989 |
18 |
2.7 |
|
Hu Jintao |
64 |
Chine |
2002 |
5 |
3.3 |
|
Roi Abdallah |
83 |
Arabie Saoudite |
1995 |
12 |
3.3 |
|
Than Shwe |
74 |
Burma |
1992 |
15 |
1.9 |
|
Robert Mugabe |
82 |
Zimbabwe |
1980 |
17 |
2.4 |
|
Islam Karimov |
69 |
Ouzbékistan |
1989 |
18 |
2.1 |
|
Muammar Al-Qaddafi |
64 |
Libye |
1969 |
38 |
2.7 |
|
Bachar al-Assad |
41 |
Syrie |
2000 |
7 |
2.9 |
|
Theodoro Obiang Nguema |
64 |
Guinée Equatoriale |
1979 |
28 |
2.1 |
|
Le Roi Mswati III |
38 |
Swaziland |
1986 |
21 |
2.5 |
|
Isayas Afewerki |
61 |
Erithrée |
1991 |
16 |
2.9 |
|
Aleksandr Lukashenko |
52 |
Biello Russie |
1994 |
13 |
2.1 |
|
Pervez Musharraf |
63 |
Pakistan |
1999 |
8 |
2.2 |
|
Choummaly Sayasone |
70 |
Laos |
2006 |
1 |
2.6 |
|
Meles Zenawi |
51 |
Ethiopie |
1995 |
12 |
2.4 |
|
Hosni Moubarak |
78 |
Egypte |
1981 |
26 |
3.3 |
|
Paul Biya |
73 |
Cameroun |
1982 |
25 |
2.3 |
|
Vladimir Poutine |
54 |
Russie |
|
|
2.5 |
Note : ce tableau est construit à
partir des chiffres présentés par le Washington Post. Les indices
de corruption proviennent du site de Transparency International.
D’abord M. Wallechinsky définit le terme « dictateur » comme suit:
Un “ dictateur ” est un chef d’Etat qui exerce l’autorité arbitraire
sur la vie de ses citoyens et qui ne peut pas être enlevé du pouvoir
par des moyens légaux. Il souligne aussi que "les plus mauvais
commettent des abus terribles de droits de l’homme
.”
En d’autres termes, ces leaders persistent et peuvent rester au
pouvoir à vie.
Par rapport à la durée au pouvoir :
Selon cette définition et en observant la durée au pouvoir de ces
leaders, cinq sont au pouvoir dans des périodes variant de 21 à 28
ans (Al-Bachir, Mswati III, Biya, Moubarak, et Obiang Nguema). Huit
sont au pouvoir pendant des périodes variant de 12 à 18 ans. Il
s’agit de : Roi Abdallah d’Arabie Saoudite, Zenawi, Kim Jong-Ill,
Lukashenko, Than Swhe, Afewerki, Mugabe et Karimov tandis que Hu
Jintao, al-Assad et Musharraf sont aux commandes depuis 5, 7 et 8
ans respectivement. Sayasone vient d’y arriver et n’a fait qu’un an
au pouvoir. Cependant il n’a pas tardé à prouver qu’il appartient à
ce cercle.
Par rapport à l’âge :
Nous remarquons que la plupart de ces dictateurs ont plus de 60
ans. D’abord la distribution de l’âge est quadripolaire. Le groupe
le plus jeune comprend : Mswati III, Al-Assad, Zenawi, Loukachenko
et Poutine. Leur âge varie de 38 à 54 ans. Le deuxième groupe
comprend ceux qui sont âgés de plus de 60 ans et moins de 70 ans.
Il s’agit de : Afewerki, Al-Bachir, Musharraf, Hu Jintao, Jong-Ill,
Al-Qaddafi, Obiang Nguema, et Ali Khameni. Le troisième groupe
comprend ceux qui sont âgés de plus de 70 ans et moins de 80 ans.
Ceux-là sont : Sayasone, Swhe, Biya et Moubarak. Le groupe des
octogénaires comprend Mugabe et le Roi Abdallah.
Quels enseignements tirons-nous de ce tableau ?
En observant la colonne de l’indice de corruption, nous remarquons
que les indices de perception de la corruption varient de 1,9 à 3,3.
Par rapport à ces indices et selon Transparency International, il
ressort que d’une manière générale, l’indice de corruption de 5.0
sert de baromètre en deçà duquel les pays tendent vers la corruption
et au delà duquel les pays font des efforts dans la lutte contre la
corruption. Si on se refère à cet indice, il apparaît que tous les
pays à la tête desquels se trouvent ces leaders sont corrompus. En
conclusion : il est apparent que plus un pays est dirigé par un
dictateur, plus ce pays tend vers la corruption. Comme rapporté
dans le Rapport de 2006 de Transparency International, « le CPI met
en évidence un lien profond entre corruption et pauvreté. » Ceci
est encore plus aigu pour les populations des pays à faibles
revenus.
Conséquences du tableau et son impact pour l’Afrique
sub-saharienne :
De ce qui précède, il ressort que sept des « allégés dictateurs »
sont en Afrique sub-saharienne. Cette tendance est une indication
supplémentaire que le continent africain est le moins loti en terme
de démocratie et de bonne gouvernance de la planète. En outre, la
classification laisse de côté d’autres dirigeants africains dont la
durée au pouvoir et les méthodes de gestion ne sont pas différentes
de ceux ici épinglés. Nous pouvons citer par exemple Deby du Tchad,
Denis Sassou-Nguesso du Congo Brazzaville, et Oumar Bongo Ondimba du
Gabon. Ceux-là aussi sont aux commandes de leur pays depuis 17 ans,
22 ans et 38 ans respectivement.
Du fait et en fonction de la définition de la dictature, les
populations de ces pays de l’Afrique sub-saharienne ne verront pas
leur situation de sous-développement s’améliorer. Rappelons aussi
que ces populations vivent sur moins d’un dollar US par jour. Les
infrastructures scolaires et socio-sanitaires ne sont pas bonnes.
Dans la mesure où les peuples de ces pays ne peuvent pas remplacer
les dictateurs par les voies pacifiques émanant des urnes, quels
autres moyens leur reste-t-il pour voir un jour un changement
positif dans leurs conditions d’existence ?
©Lalé
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13 février 2007