"Vous me demandez : 'c'est mon dernier sommet ?' Je vous réponds : 'oui... pour cette année'", a plaisanté le chef de l'Etat de 74 ans lors de la conférence de presse finale, au palais des Festivals sur la croisette.

Dans ce lieu habituellement dédié au Septième art, discours et cérémonies se sont succédé sans réussir à faire avancer les processus de résolution des crises du moment sur le continent noir.

La réunion de jeudi soir sur le Darfour a débouché sur une déclaration conjointe où les signataires - les présidents tchadien, centrafricain et soudanais, notamment - réitèrent une promesse déjà faite par le passé : celle de respecter les souverainetés et de ne pas soutenir de mouvements armés.

Dans cette "déclaration de Cannes", les pays affirmaient soutenir l'engagement des Nations unies pour résoudre le conflit au Darfour, qui a fait 200.000 morts depuis 2003.

Mais dès le lendemain matin, le président soudanais Omar Hassan el-Bachir réitérait devant la presse son opposition au déploiement de casques bleus aux côtés des soldats de l'Union africaine, en difficulté sur le terrain.

De même, la cérémonie d'adhésion au programme Unitaid de lutte contre les grandes pandémies n'a fait qu'officialiser l'engagement de 18 pays africains.

"J'AIME L'AFRIQUE"

Pour l'heure, seuls 23 pays ont adopté ce système de financement de centrales d'achat de médicaments contre le paludisme, le sida et la tuberculose, dont Jacques Chirac fut l'un des initiateurs.

Outre le Darfour, les représentants des 48 pays africains présents au sommet - sur les 53 que compte l'Afrique - et leur hôte français ont exprimé leur "grave préoccupation" face à la "grave crise" en Guinée, où l'état de siège a été proclamé en début de semaine. Ils ont "condamné les violences commises" et "se sont émus du grande nombre de victimes innocentes"

Organisé que le thème de l'"Afrique et l'équilibre du monde", ce sommet sera sans doute retenu comme le dernier grand rendez-vous africain de Jacques Chirac, que bien peu d'observateurs s'attendent à voir briguer un troisième mandat.

Dans ses différentes interventions, le chef de l'Etat a dressé en filigrane un bilan de ses 12 années de diplomatie en Afrique, où il s'est rendu presque chaque année depuis 1995.

"J'aime l'Afrique, ses territoires, ses peuples, ses cultures", a-t-il lancé dans son discours d'ouverture. "Puisse notre sommet de Cannes montrer au monde qu'il faut désormais compter avec l'Afrique".

Critiqué pour certaines de ses amitiés, et notamment pour le soutien apporté par Paris au Tchad et à la Centrafrique, Jacques Chirac a repoussé l'idée d'une France "gendarme de l'Afrique".

"La France, pas plus au Darfour qu'en Centrafrique, qu'au Tchad ou qu'en Côte d'Ivoire, n'agit motu proprio", a-t-il assuré dans sa conférence de presse.

"Elle agit avec l'accord, à la demande à la fois de l'organisation des Nations unies et de l'Union africaine. Il n'y a pas là d'initiative intempestive qui nous permettrait de justifier le terme inadéquat de gendarme de l'Afrique", a-t-il souligné.

En deux jours de débats, les participants ont invité le monde à porter un autre regard sur l'Afrique moderne, qui ne saurait rater le train de la mondialisation. "Il n'y aura pas de mondialisation réussie dans une Afrique forte et confiante", a souligné le président français.

Ironie du moment, Jacques Chirac a conclu sa conférence de presse en souhaitant une bonne année à la Chine, le pays qui a fait l'entrée la plus spectaculaire sur le marché africain ces dernières années.

Elizabeth Pineau et François Murphy

Palmarès 2007 du Festival de la Françafrique à Cannes ( source: SURVIE-FRANCE)