A l’initiative de Survie, Oxfam France-Agir ici, ATTAC 06 et la LDH Cannes-Grasse (et avec le soutien d’une quarantaine d’organisations), une cérémonie de remise des palmes de la Françafrique a été organisée jeudi 15 février à 19h sur le parking de la gare de Cannes, en marge du Sommet des Chefs d’Etat de France et d’Afrique.

300 personnes (venues de Paris, Marseille, Lyon, Grenoble et de la région cannoise) ont ainsi assisté à une mise en scène très réussie : à l’appel du régisseur de la cérémonie, les récompensés (portant les masques de personnalités françafricaines) se sont vus remettre soit des mitraillettes d’or, soit des matraques d’or, ou encore des valises de faux billets de la banque des Etats de la Françafrique.

Le contexte : manœuvres policières

Cette cérémonie s’est déroulée dans une très bonne ambiance bien que les forces de l’ordre aient tout fait pour rendre l’atmosphère tendue.

Cannes connaissait en effet un dispositif policier hors du commun, avec plus de 4000 policiers (dont 2500 en civil), CRS et membres des RG, sans compter les snipers sur les toits, le dispositif maritime (vedette, zodiacs), etc.

Durant la journée du 15, quelques militants de Survie ont été interpellés dans les rues de Cannes alors qu’ils distribuaient des tracts invitant les Cannois à participer au rassemblement du soir et à assister à la conférence débat prévue à 21h. L’un d’entre eux a passé 2 heures au poste et s’est vu confisqué son matériel (tracts, affiches, scotch...) ; un autre s’est vu obligé d’enlever son t-shirt "Françafrique : on arrête quand ?".

Le bus des militants de Survie venant de Marseille a quant à lui été immobilisé plus d’une heure, avec interdiction de sortir de bus, avant de pouvoir accéder au lieu du rassemblement.

Un militant de Survie venu de Grenoble s’est vu embarqué en garde à vue pendant 2 heures et sa voiture confisquée sans aucune raison. Il a finalement été libéré en toute discrétion par les renseignements généraux.

Plusieurs militants ont connu la même mésaventure, résultat à la fois d’une panique des forces de l’ordre mais aussi d’un manque de coordination flagrant entre la police (qui n’hésita pas à dire que le rassemblement avait été interdit), les CRS et les Renseignements généraux, puisque le rassemblement avait bel et bien été autorisé et devait d’ailleurs être encadré par les forces de l’ordre et les RG.

Malgré toutes ces péripéties, la cérémonie tant attendue pouvait commencer. Sans plus attendre, voici les résultats :

Palmarès 2007 du Festival de la Françafrique

  Prix du meilleur scenario

Charles de Gaulle pour avoir instauré la Françafrique.

Alors qu’il accordait l’indépendance aux colonies françaises en 1960, il demandait à son éminence grise à l’Elysée (Jacques Foccart) de maintenir les pays africains sous la domination de la France.

Objectifs : pillage des ressources naturelles africaines (avec la création d’Elf pour l’accès au pétrole), financement de la vie politique française via la corruption, le détournement de l’aide au développement, les commissions et rétro-commission.

  Prix d’interprétation masculine

François Mitterrand pour avoir déclaré lors du Discours de la Baule en 1990 que la France allait conditionner son aide au développement à la bonne gouvernance démocratique et aux respects des droits de l’Homme.

Mais cette conditionnalité, véritable mystification, n’a jamais été appliquée, François Mitterrand allant même jusqu’à soutenir en 1994 le régime rwandais organisateur du génocide des Tutsi (qui a fait 1 million de victimes)

  Prix du meilleur film de guerre

Idriss Deby (dictateur du Tchad) pour avoir pris le pouvoir en 1990 par un coup d’Etat militaire et pour avoir perpétué le régime militaire de son prédécesseur dont il était le chef d’Etat major, Idriss Déby se maintient au pouvoir uniquement grâce au soutien militaire de la France (avec récemment le bombardement en avril 2006 des positions de rebelles tchadiens par des Mirages français, remake de "Il faut sauver le soldat Déby".

Objectif pour la France : maintient de sa base militaire au Tchad permettant les ingérences dans les pays de la sous-région (ex : Centrafrique en 2006).

Nous lui remettons la mitraillette d’or.

  Prix de la meilleure société de production

Total Fina Elf parce que Total déclare actuellement enregistrer des bénéfices record, notamment avec l’exploitation du pétrole africain.

Le représentant de Total étant absent de la cérémonie, nous remettons les menottes d’or à Denis Sassou Nguesso (dictateur du Congo Brazzaville) qui saura le lui remettre en main « propre ».

En fait de mains propres, ce sont des mains couvertes de sang puisque depuis sa participation à la guerre civile de 1997 et le massacre de 300 opposants dans la région du Beach en 1999, Denis Sassou Nguesso dirige son pays avec une main de fer grâce aux revenus du pétrole dont les congolais n’ont toujours pas vu la couleur.

Nous lui remettons les menottes d’or.